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Lire et contempler, découvrir et écouter : des livres et des paroles, des arts et des hommes.

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Le Nouvel An selon Jean Bonnerot (1882-1964)


Janvier résonne des traditionnels voeux, de cette « bonne année ! » que l'on souhaite machinalement à tout le monde... pour faire comme tout le monde. Si l'on nous assure qu'à l'heure d'Internet la carte de voeux a néanmoins toujours autant de succès, force est de constater que notre messagerie électronique est bien plus remplie de voeux en tous genres que notre boîte aux lettres : du message personnalisé à la carte virtuelle, en passant par la vulgaire circulaire bilingue français-anglais vous montrant de manière ostentatoire que son expéditeur à des amis à l'étranger, et adressée à « Undisclosed-Recipient », vous rejetant ainsi dans le même anonymat que celui des mailings publicitaires. Une manière bien peu élégante et sincère de s'acquitter de cette corvée, mais tant que la tradition est sauve...
 
Le bibliothécaire en chef de la Sorbonne, écrivain et poète Jean Bonnerot fut aussi le secrétaire et exécuteur testamentaire de Camille Saint-Saëns. Il publia, entre autres, une biographie du compositeur, et certains de ses poèmes inspirèrent quelques opus au créateur du Carnaval des animaux. Aussi, en guise de voeux au lecteur de ces pages, j'offre ce poème simple et mélancolique.
 
 
Pour le premier janvier
 
Par les sentiers de neige ombrés de branches mortes,
Voici Décembre, blanc et las comme un vieillard,
Qui chemine et qui rôde et heurte au bois des portes.
 
Il traîne dans sa hotte, entassés au hasard,
Tous les jours, les saisons et les mois de l'année,
Les almanachs nouveaux et les jouets d'un liard.
 
Noël emplit d'azur la noire cheminée,
Le feu chante aux chenets, et tous les voeux de l'An
Volent de coeur en coeur en manne fortunée.
 
Voici que de son pas automatique et lent
S'en vient, dans les maisons, avec la lettre amie
Et le vieux compliment banal et somnolent,
 
Le facteur qui, d'un sac de toile rebondie,
Vous offre l'an nouveau sur son calendrier,
Qu'une chromo grossière et fade colorie.
 
L'année officielle en son cortège entier
Etend ses douze mois de files régulières,
Comme sur un mur gris un arbre en espalier.
 
Immense addition d'ombres et de lumières,
Que fait et que refait sans preuves et sans fin
L'Eternité, morose et bavarde écolière.
 
Toute l'année est là, rigide sous la main,
Close sur elle-même, étroite et minuscule,
Avec les jours des fêtes et les noms doux des saints.
 
Le temps s'en va plus vite et le passé recule,
Et c'est à peine au coeur l'aube de l'An charmant,
Que déjà l'on sent choir un autre crépuscule.
 
Au dos, sur deux feuillets fixés exactement,
La liste des marchés, des postes et communes,
Avec la carte en noir de l'arrondissement,
 
Et tableau des levers de soleil et de lune...
Alors d'un ruban mauve, accrochez près du lit,
Pour que songiez encore à sa fuite importune,
 
Le carton de l'année où votre âge vieillit.

Jean Bonnerot, 1910, Le livre des Livres 1904-1909, Bernard Grasset.


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