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Lire et contempler, découvrir et écouter : des livres et des paroles, des arts et des hommes.

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Boris Cyrulnik : culture de la faute et culture du préjudice

 
Dans les cultures de la faute, tout malheur, toute souffrance prenait la signification d’un péché. Mais l’acte coupable, qui condamnait à la maladie, contenait en lui-même son propre remède : une contre-action, un rituel expiatoire, une autopunition, un sacrifice rédemptoire, le rachat de la faute par l’argent ou le dévouement. Le récit culturel de la faute ajoutait de la souffrance aux souffrances, mais produisait de l’espoir par le rachat possible et sa signification morale. La culture soignait ce qu’elle avait provoqué. Alors que dans les cultures où les progrès techniques ne donnent la parole qu’aux hommes de l’art, les individus ne sont plus la cause de leurs souffrances ni de leurs actions réparatrices. C’est l’expert qui doit agir et si je souffre, c’est sa faute ! C’est qu’il n’a pas bien fait son métier. La culture du péché offrait une réparation possible par l’expiation douloureuse, alors que la culture technologique demande à l’autre de réparer. Nos progrès nous ont fait passer de la culture de la faute à la culture du préjudice.
 
Boris Cyrulnik, 2001, Les vilains petits canards, Odile Jacob.
 
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