Assassiner un étranger a toujours un petit côté ennuyeux : tandis que l'étripage en famille, c'est régulier, c'est traditionnel, c'est bourgeois. Et puis, ça a tout
de même plus d'allure. Tuer un étranger, on pense à France Soir. Un parent, on pense à Sophocle.
Jean-Claude Brialy : Carambolages - Audiard par Audiard, 1995, Editions René Chateau.
par Anma K.
publié dans :
Paroles d'auteurs
On ne peut plus allumer la télé ces derniers temps sans tomber sur Claude François en train de chanter. C'est à se demander s'il n'est pas
mort.
Jean Yanne, 2001, Je suis un être exquis, Le Cherche Midi.
par Anma K.
publié dans :
Paroles d'auteurs
Les gens qui parlent par ouï-dire se trompent presque toujours, parce qu’ils voient du dehors et
qu’ils voient grossièrement. Ils ne se figurent pas que des actes qu’ils jugent répréhensibles puissent être à la fois faciles et spontanés, comme le sont pourtant la plupart des actes humains.
Ils accusent l’exemple, la contagion morale et reculent seulement le moment d’expliquer. Ils ne savent pas que la nature est plus diverse qu’on ne suppose ; ils ne veulent pas le savoir, car
il leur est plus facile de s’indigner que de penser. Ils font l’éloge de la pureté ; ils ne savent pas combien la pureté peut contenir de trouble. Ils ignorent surtout la candeur de la
faute.
Marguerite Yourcenar, 1990, Alexis ou le traité du vain combat, Folio.
par Anma K.
publié dans :
Paroles d'auteurs
Une image symbolique de Bombay : par un
après-midi nuageux et chaud, sur un trottoir dur, un trottoir en pierre, à un croisement, une jeune fille extraordinairement belle dort, abandonnée, protégée par sa propre douceur intérieure.
Rien n’est aussi séduisant et insultant que le calme, la douceur corporelle avec lesquels cette jeune fille vêtue de guenilles sales s’abandonne à la bienveillance du trottoir. A la différence de
la Gorgone tourmentée et endormie qu’un sculpteur grec para de la transpiration du désespoir, la plongeant en elle-même comme en un cauchemar, cette jeune fille habite une mythologie lointaine et
anonyme ; elle oscille entre vie et mort, transporte constamment avec elle un sommeil nomade, se blottit en son sein, grignote sans doute un rêve rapide, et tout ce temps elle reste
immobile, sans tenter d’atténuer la dureté de la rue sous son corps. Quelle relation y a-t-il entre ce corps et ce trottoir ? Je me demande ce que signifie le mot « douleur » dans
ce lexique occulte et sans défense, et aussi « justice », et quelle place est faite aux larmes dans cet univers charnel.
Giorgio Manganelli, 1994, Itinéraire indien, Le
Promeneur.
par Anma K.
publié dans :
Paroles d'auteurs
Je m'accommoderais fort mal d'un monde sans livres, mais la réalité n'est pas là, parce qu'elle n'y tient pas tout entière.
Marguerite Yourcenar, 1974, Mémoires d'Hadrien, Folio.
par Anma K.
publié dans :
Paroles d'auteurs