
J’aime les livres de Pascal Quignard, même lorsque certains d’entre eux me restent obscurs, même lorsque les mots m’échappent. Il me reste toujours le même plaisir de lire, et de percevoir derrière les phrases une profondeur et une pensée qui me paraissent essentielles. Aussi me laissé-je bercer par la musique de son écriture et envoûter par son immense érudition. Les Ombres errantes est le premier tome d’une série d’ouvrages regroupés sous le titre Le dernier Royaume. Impossible de résumer cet étrange recueil de réflexions et de savoirs. Les livres, les ombres et le merveilleux occupent l’espace des pages blanches. Il faut lire ce livre ne serait-ce que pour découvrir ce que cache le titre, pour découvrir ce qu’est le Dernier adieu, pour découvrir La fin de Sofiius, que Pascal Quignard invente puisqu’on ignore la fin du secrétaire du dernier des Romains… Et puis aussi et surtout pour toutes ces phrases lumineuses et poétiques, dont voici quelques passages préférés :
« [Junichirô Tanizaki] regrettait l’ombre passionnante qui se meut et se retire sous les pantalons et les robes ».
« Il y a dans lire une attente qui ne cherche pas à aboutir. Lire c’est errer. La lecture est l’errance ».
« Vivre dans l’angle – in angulo – du monde ».
« Il y a un monde qui appartient à la rive du Léthé.
Cette rive est la mémoire.
C’est le monde des romans et celui des sonates, celui du plaisir des corps nus qui aiment la persienne à demi refermée ou celui du songe qui l’aime plus repoussée encore jusqu’à feindre l’obscurité nocturne ou qui l’invente.
C’est le monde des pies sur les tombes.
C’est le monde de la solitude que requièrent la lecture des livres ou l’audition de la musique.
Le monde du silence tiède et de la pénombre oisive où vague et se surexcite soudain la pensée ».
« Où est le miroir sur lequel le reflet ne se dépose pas ? »
« Rousseau avait un ami qui s’appelait Monsieur de Merveilleux et qui habitait Soleure ».
« Quand tout le monde aura cessé de lire, la littérature redeviendra prisée ».