Sujet rarement abordé en peinture,
Pierre Subleyras en donne ici sa propre interprétation, d’une beauté inquiétante et fantomatique. Le jeune homme incarnant
Caron, nu et vu de dos, ainsi que les corps et visages des passagers dissimulés sous de magnifiques drapés, confèrent au tableau une atmosphère étrange et mystérieuse. Alors que le thème du voyage parmi les Ombres évoque d’emblée des teintes sombres, le peintre lui opposa une douce et irréelle luminosité. L’impossibilité d’identifier les personnages accroît le trouble et le questionnement de celui qui contemple la toile, et c’est là ce qui me fascine dans cette œuvre, à l’image de ces merveilleuses femmes peintes de dos par Wilhelm Hammershoï, de
Marie Laurent photographiée de dos par Nadar, ou de l’énigmatique créature de
Piscine de
Michel Henricot. Suggérer plutôt que montrer invite le spectateur à l’imagination et à la réflexion, guidant son regard au-delà de l’œuvre elle-même.