Mercredi 19 décembre 2007
… Quand il eut atteint le doux printempsViril et qu’un duvet crût sur ses joues,Il songea à de possibles noces,A Hippodamie, illustre fille du roi de Pise,Eunomaos, en Elide. Et seul, le long de la mer grise,Dans la nuit noire, il marcha près du flot grondant.Il appela le Maître du puissant trident,Et celui-ci lui apparut, tout proche. Et il lui dit : « Ô Poseidon,Terrible ! Si jamais tu as reçu de moi le tendre donDe l’amour, viens à mon aide !Que mon char vole, et qu’il triomphe, et qu’il précèdeCelui du roi Eunomaos, aux plans atroces !Ce tueur a jeté bas, prétendant après prétendant,Vaincu treize hommes, et ainsi retardeLes noces de sa fille ! Le dangerEst grand et ne veut pas d’un lâche.Mais enfin, puisqu’il faut mourir, dois-je, étrangerA tout espoir, sans que jamais je me hasarde,En quelque coin obscur m’asseoir, vieillir anonyme, sans avoirRien eu de ce qui est beau ? Cette tâcheSi noble est pour moi. Et fais qu’heureuse en soit l’issue !Il dit ainsi et sa prière fut reçue :Il obtint un char d’or, un attelage ailé, immortel.Il vainquit l’insolent roi et mit dans son lit la vierge.Et elle lui enfanta six fils aux vertus sublimes.Et il dort maintenant sur la bergeDe l’Alphée, et le sang des victimesRuisselle sur sa tombe, et les pèlerins à son autel,Viennent en masse…Marguerite Yourcenar, 1979, La Couronne et la lyre, Pindare : Première Olympique, 67-93, Poésies Gallimard.![]()
par Anma K.
publié dans :
Poésies essentielles
