Les gens qui parlent par ouï-dire se trompent presque toujours, parce qu’ils voient du dehors et
qu’ils voient grossièrement. Ils ne se figurent pas que des actes qu’ils jugent répréhensibles puissent être à la fois faciles et spontanés, comme le sont pourtant la plupart des actes humains.
Ils accusent l’exemple, la contagion morale et reculent seulement le moment d’expliquer. Ils ne savent pas que la nature est plus diverse qu’on ne suppose ; ils ne veulent pas le savoir, car
il leur est plus facile de s’indigner que de penser. Ils font l’éloge de la pureté ; ils ne savent pas combien la pureté peut contenir de trouble. Ils ignorent surtout la candeur de la
faute.
Marguerite Yourcenar, 1990, Alexis ou le traité du vain combat, Folio.
par Anma K.
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Montserrat Caballé, née en 1933, est l’une des sopranos les plus célèbres au monde. Cette diva espagnole cache le trésor de sa
voix au sein du coffre… fort d’une généreuse poitrine. Elle est une véritable tour… de chant et, dans le microcosme impitoyable de l’art lyrique, on lui applique cette métaphore qui a déjà servi
pour d’autres : « un éléphant qui aurait avalé un rossignol ».
Lorsqu’on demandait à Maria
Callas, sa grande rivale, comment, d’obèse qu’elle était, elle avait pu devenir cette sylphide, elle répondait : « Mon
médecin m’a rrrecommandé de fairrre beaucoup de sporrrt. Alorrrs, chaque matin, je fais trrrois fois le tourrr de Montserrrat Caballé ! »
Extrait : Pour tout l’or des mots, Claude Gagnière, 1996, Robert Laffont.
par Anma K.
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Curiosités

Le Cadavre exquis, le jeu le plus connu des surréalistes, [fut] inventé en 1925 par Jacques Prévert dans un cercle d’artistes concurrent du groupe de Breton et se
réunissant rue du Château. Chaque participant écrivait un mot, puis le cachait en pliant la feuille de papier qu’il transmettait à son voisin. Celui-ci faisait la même chose jusqu’au dernier
joueur. Le nom provient de la première phrase obtenue ainsi : « Le cadavre-exquis-boira-le vin-nouveau ». Le jeu se joue aussi avec des dessins et des
collages.
Extrait : La vie songeuse de Léonora de La Cruz, Agnieszka
Taborska et Selena Kimball, 2007, Editions Interférences.
par Anma K.
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Curiosités
Une image symbolique de Bombay : par un
après-midi nuageux et chaud, sur un trottoir dur, un trottoir en pierre, à un croisement, une jeune fille extraordinairement belle dort, abandonnée, protégée par sa propre douceur intérieure.
Rien n’est aussi séduisant et insultant que le calme, la douceur corporelle avec lesquels cette jeune fille vêtue de guenilles sales s’abandonne à la bienveillance du trottoir. A la différence de
la Gorgone tourmentée et endormie qu’un sculpteur grec para de la transpiration du désespoir, la plongeant en elle-même comme en un cauchemar, cette jeune fille habite une mythologie lointaine et
anonyme ; elle oscille entre vie et mort, transporte constamment avec elle un sommeil nomade, se blottit en son sein, grignote sans doute un rêve rapide, et tout ce temps elle reste
immobile, sans tenter d’atténuer la dureté de la rue sous son corps. Quelle relation y a-t-il entre ce corps et ce trottoir ? Je me demande ce que signifie le mot « douleur » dans
ce lexique occulte et sans défense, et aussi « justice », et quelle place est faite aux larmes dans cet univers charnel.
Giorgio Manganelli, 1994, Itinéraire indien, Le
Promeneur.
par Anma K.
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