Evénements

La librairie-galerie
Le Phénomène Humain
présente
une exposition-vente
permanente
des oeuvres
de Michel Henricot
et des gravures de
Bernadette
Planchenault

Plus d'infos ici.

Présentation

Prolégomènes

anamnêsis : du grec réminiscence. Ensemble des informations que fournit le malade (ou son entourage) au médecin sur l’historique de sa maladie.

Contours

Nulle autre prétention ici que de préciser quelques contours d'une mémoire volatile, et de les fixer pour un temps indéterminable. Nulle autre ambition que de les donner à voir au passant occasionnel, qu'un clic fortuit aura mené jusqu'à cette place, et de peut-être créer l'opportunité d'une découverte. Qui sait ?
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Musiques







Dimanche 28 janvier 2007
La vie dure
 
A peine les cosmonautes
Eurent-ils repris leur vol
Que la vieille au fagot
Sortit de sa cachette
Et se remit à marcher sur la lune.
 
Jean Rousselot, 1992, Le spectacle continue, La Bartavelle Editeur

par Anma K. publié dans : Poésies essentielles
Samedi 27 janvier 2007

J’étais morte pour la Beauté – mais à peine
M’avait-on couchée dans la Tombe
Qu’un Autre – mort pour la Vérité
Etait déposé dans la Chambre d’à côté –
 
Tout bas il m’a demandé « Pourquoi es-tu morte ? »
« Pour la Beauté », ai-je répliqué –
« Et moi – pour la Vérité – C’est Pareil –
Nous sommes frère et sœur », a-t-Il ajouté –
 
Alors, comme Parents qui se retrouvent la Nuit –
Nous avons bavardé d’une Chambre à l’autre –
Puis la Mousse a gagné nos lèvres –
Et recouvert – nos noms –
 
Emily Dickinson, 1992, Escarmouches, Orphée-La Différence
par Anma K. publié dans : Poésies essentielles
Jeudi 4 janvier 2007
 
Un luth et un poème suffisent à mon bonheur.
Errer au loin est un trésor,
Empli de la Voie que je parcours seul
Vers la fin du savoir et du moi.

Tranquille et sans soucis,
Pourquoi chercher autrui ?
Je suis un habitant des montagnes magiques
Qui réjouit sa pensée et nourrit son esprit. 
1987, La Montagne vide, Anthologie de la poésie chinoise IIIe - XIe siècle, Chants Taoïstes (2), Albin Michel

par Anma K. publié dans : Poésies essentielles
Lundi 1 janvier 2007

Janvier résonne des traditionnels voeux, de cette « bonne année ! » que l'on souhaite machinalement à tout le monde... pour faire comme tout le monde. Si l'on nous assure qu'à l'heure d'Internet la carte de voeux a néanmoins toujours autant de succès, force est de constater que notre messagerie électronique est bien plus remplie de voeux en tous genres que notre boîte aux lettres : du message personnalisé à la carte virtuelle, en passant par la vulgaire circulaire bilingue français-anglais vous montrant de manière ostentatoire que son expéditeur à des amis à l'étranger, et adressée à « Undisclosed-Recipient », vous rejetant ainsi dans le même anonymat que celui des mailings publicitaires. Une manière bien peu élégante et sincère de s'acquitter de cette corvée, mais tant que la tradition est sauve...
 
Le bibliothécaire en chef de la Sorbonne, écrivain et poète Jean Bonnerot fut aussi le secrétaire et exécuteur testamentaire de Camille Saint-Saëns. Il publia, entre autres, une biographie du compositeur, et certains de ses poèmes inspirèrent quelques opus au créateur du Carnaval des animaux. Aussi, en guise de voeux au lecteur de ces pages, j'offre ce poème simple et mélancolique.
 
 
Pour le premier janvier
 
Par les sentiers de neige ombrés de branches mortes,
Voici Décembre, blanc et las comme un vieillard,
Qui chemine et qui rôde et heurte au bois des portes.
 
Il traîne dans sa hotte, entassés au hasard,
Tous les jours, les saisons et les mois de l'année,
Les almanachs nouveaux et les jouets d'un liard.
 
Noël emplit d'azur la noire cheminée,
Le feu chante aux chenets, et tous les voeux de l'An
Volent de coeur en coeur en manne fortunée.
 
Voici que de son pas automatique et lent
S'en vient, dans les maisons, avec la lettre amie
Et le vieux compliment banal et somnolent,
 
Le facteur qui, d'un sac de toile rebondie,
Vous offre l'an nouveau sur son calendrier,
Qu'une chromo grossière et fade colorie.
 
L'année officielle en son cortège entier
Etend ses douze mois de files régulières,
Comme sur un mur gris un arbre en espalier.
 
Immense addition d'ombres et de lumières,
Que fait et que refait sans preuves et sans fin
L'Eternité, morose et bavarde écolière.
 
Toute l'année est là, rigide sous la main,
Close sur elle-même, étroite et minuscule,
Avec les jours des fêtes et les noms doux des saints.
 
Le temps s'en va plus vite et le passé recule,
Et c'est à peine au coeur l'aube de l'An charmant,
Que déjà l'on sent choir un autre crépuscule.
 
Au dos, sur deux feuillets fixés exactement,
La liste des marchés, des postes et communes,
Avec la carte en noir de l'arrondissement,
 
Et tableau des levers de soleil et de lune...
Alors d'un ruban mauve, accrochez près du lit,
Pour que songiez encore à sa fuite importune,
 
Le carton de l'année où votre âge vieillit.

Jean Bonnerot, 1910, Le livre des Livres 1904-1909, Bernard Grasset.


par Anma K. publié dans : Poésies essentielles
Jeudi 16 novembre 2006

En cette période de rentrée littéraire où la polémique fait rage autour du prix Goncourt Les Bienveillantes de Jonathan Littell, les critiques alimentent un débat stérile sur le thème : a-t-on le droit d'écrire sur la Shoah. Ils semblent avoir oublié, ou pire : ignorer, ce que déclarait Paul Celan« A l'effrayante question : comment écrire après Auschwitz ? Celan répond : en usant du langage de la mort ». Et si Oscar Wilde avait pu prendre part au débat, il aurait sans doute lancé à la face de ces gardiens de la culture officielle : « Dire d'un livre qu'il est moral ou immoral n'a pas de sens. Un livre est bien ou mal écrit - c'est tout ».

Paul Celan écrivit ce poème en 1945. Ses parents furent assassinés dans un camp de concentration en Ukraine, et le poète roumain de langue allemande fut déporté comme Juif dans un camp de travail forcé. Dans Todesfuge, toutes les horreurs du génocide sont évoquées : la destruction, la famine, les cheminées exhalant les odeurs de chairs calcinées vers le ciel, les exécutions massives des Einsatzgruppen, les orchestres juifs obligés de jouer pendant les massacres. Mais l’horreur côtoie aussi les « cheveux d’or » de Margareth, et l’écriture poétique de Celan est empreinte d’une terrible beauté. Pour mieux comprendre toute la richesse de ce poème et le talent de son auteur, on peut lire l’intéressante analyse de Enzo Traverso : Paul Celan et la poésie de la destruction. Comme pour le poème de Baudelaire Recueillement , Philippe Pascal a magnifiquement mis en musique ces vers bouleversants.
 

Fugue de la Mort
 
Lait noir de l'aube nous le buvons le soir
Le buvons à midi et le matin nous le buvons la nuit
nous buvons et buvons
nous creusons dans le ciel une tombe on n'y est pas serré
Un homme habite dans la maison il joue avec les serpents il écrit
il écrit quand il va faire noir en Allemagne Margarete tes cheveux d'or
écrit ces mots s'avance sur le seuil et les étoiles tressaillent
il siffle ses grands chiens
il siffle il fait sortir ses juifs et creuser dans la terre une tombe
il nous commande allons jouez pour qu'on danse
 
Lait noir de l'aube nous te buvons la nuit
te buvons le matin puis à midi nous te buvons le soir
nous buvons et buvons
Un homme habite la maison il joue avec les serpents il écrit
il écrit quand il va faire noir en Allemagne Margarete tes cheveux d'or
Tes cheveux cendre Sulamith nous creusons dans le ciel une tombe
on n'y est pas serré
 
Il crie enfoncez plus vos bêches dans l'humus vous autres et vous
chantez jouez
il attrape le fer à sa ceinture il le brandit ses yeux sont bleus
enfoncez plus vos bêches vous autres et vous jouez encore pour qu'on
danse
 
Lait noir de l'aube nous te buvons la nuit
te buvons à midi et le matin nous te buvons le soir
nous buvons et buvons
Un homme habite la maison Margarete tes cheveux d'or
tes cheveux cendre Sulamith il joue avec les serpents
 
Il crie jouez plus douce la mort la mort est un maître d'Allemagne
il crie plus sombres les archets et votre fumée montera vers le ciel
vous aurez votre tombe alors dans les nuages on n'y est pas serré
 
Lait noir de l'aube nous te buvons la nuit
te buvons à midi la mort est un maître d'Allemagne
nous te buvons le soir et le matin nous buvons et buvons
la mort est un maître d'Allemagne son oeil est bleu
il te tire une balle de plomb il ne te manque pas
 
un homme habite la maison Margarete tes cheveux d'or
il lance ses grands chiens sur nous il nous offre une tombe dans le ciel
il joue avec les serpents et rêve
la mort est un maître d'Allemagne
 
Margarete tes cheveux d'or
tes cheveux cendre Sulamith
 
Extrait de : Choix de Poèmes, Paul Celan (Poésie/Gallimard, 1998)
 
 
Todesfuge
 
Schwarze Milch der Frühe wir trinken sie abends
wir trinken sie mittags und morgens wir trinken sie nachts
wir trinken und trinken
wir schaufeln ein Grab in den Lüften da liegt man nicht eng
Ein Mann wohnt im Haus der spielt mit den Schlangen der schreibt
der schreibt wenn es dunkelt nach Deutschland dein goldenes Haar Margarete
er schreibt es und tritt vor das Haus und es blitzen die Sterne er pfeift seine Rüden herbei
er pfeift seine Juden hervor läßt schaufeln ein Grab in der Erde
er befiehlt uns spielt auf nun zum Tanz
 
Schwarze Milch der Frühe wir trinken dich nachts
wir trinken dich morgens und mittags wir trinken dich abends
wir trinken und trinken
Ein Mann wohnt im Haus der spielt mit den Schlangen der schreibt
der schreibt wenn es dunkelt nach Deutschland dein goldenes Haar Margarete
Dein aschenes Haar Sulamith wir schaufeln ein Grab in den Lüften da liegt man nicht eng
 
Er ruft stecht tiefer ins Erdreich ihr einen ihr andern singet und spielt
er greift nach dem Eisen im Gurt er schwingts seine Augen sind blau
stecht tiefer die Spaten ihr einen ihr andern spielt weiter zum Tanz auf
 
Schwarze Milch der Frühe wir trinken dich nachts
wir trinken dich mittags und morgens wir trinken dich abends
wir trinken und trinken
ein Mann wohnt im Haus dein goldenes Haar Margarete
dein aschenes Haar Sulamith er spielt mit den Schlangen
Er ruft spielt süßer den Tod der Tod ist ein Meister aus Deutschland
er ruft streicht dunkler die Geigen dann steigt ihr als Rauch in die Luft
dann habt ihr ein Grab in den Wolken da liegt man nicht eng
 
Schwarze Milch der Frühe wir trinken dich nachts
wir trinken dich mittags der Tod ist ein Meister aus Deutschland
wir trinken dich abends und morgens wir trinken und trinken
der Tod ist ein Meister aus Deutschland sein Auge ist blau
er trifft dich mit bleierner Kugel er trifft dich genau
ein Mann wohnt im Haus dein goldenes Haar Margarete
er hetzt seine Rüden auf uns er schenkt uns ein Grab in der Luft
er spielt mit den Schlangen und träumet der Tod ist ein Meister aus Deutschland
 
dein goldenes Haar Margarete
dein aschenes Haar Sulamith

par Anma K. publié dans : Poésies essentielles
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